• Débat au Sénat sur la proposition de loi de M. Robert Navarro

    Cet article, paru sur le site de la FELCO est intitulé "Débat au Sénat sur la proposition de Loi Navarro (groupe socialiste, apparentés et rattachés) sur les langues régionales". Il reprend un communiqué de la FELCO datant du 1er juillet 2011.

    Vous pouvez également voir le débat en ligne sur le site du Sénat.


    Communiqué de la FELCO – 1er juillet 2011

    La FELCO a suivi avec attention le débat qui s'est tenu le 30 juin au Sénat autour de la proposition de loi de M. Robert Navarro à propos des langues régionales. Il a été assez bref, puisque d'autres questions, d'importance elles aussi, étaient inscrites à l'ordre du jour de la même séance, réduisant donc du même coup l'espace laissé aux langues régionales. Mais après tout, considérant que c'était la première fois depuis les années 49 et 50 qu'un texte de loi sur la question n'était pas d'emblée rejeté sans discussion, il faut bien nous contenter de cette satisfaction. Le débat n'a évidemment débouché sur aucun vote, et l'attitude du gouvernement ne laissait de toute façon pas présager une issue positive. Nous en sommes donc réduits à tirer nos conclusions des seuls propos tenus en séance.


    •    Nous remercions les sénateurs qui ont participé à ce débat, si peu nombreux qu'ils aient été, comme ceux qui en amont avaient été associés à l'élaboration du texte proposé. Il se confirme une fois de plus que la question des langues régionales est indépendante des clivages politiques ordinaires, et que ces langues trouvent des ennemis à droite comme à gauche, à preuve l'intervention de M. Plancade, dans son rôle d'occitanophone repenti, et des amis à gauche comme à droite, comme le prouvent les remarques nuancées de M. Legendre.


    •    M. Chatel représentait le gouvernement : son intervention constitue une reprise peu originale des conclusions du rapport élaboré par Mme Melot. On peut au demeurant se demander si ces conclusions n'avaient pas été elles-mêmes inspirées par les services du Ministère, tant elles correspondent à son manque absolu de motivation. Dans un cas comme dans l'autre, le refus de toute action dans le domaine des langues régionales est clair, et les considérations auto-satisfaites du Ministre, comme quoi tout va déjà très bien, notamment dans l'enseignement, doivent être mises au compte de ce goût du déni de réalité qui caractérise le discours gouvernemental depuis quelques années.


    •    Les quelques interventions des sénateurs qui se sont exprimés (cinq au total : Catherine Morin-Desailly, Seine Maritime, Union centriste, Maryvonne Blondin, Finistère, socialiste, Jean-Pierre Plancade, Haute Garonne,  Rassemblement Démocratique et Social Européen, Gérard le Cam, Côtes d’Armor, groupe Communiste, Républicain, Citoyen et des Sénateurs du Parti de Gauche, Jacques Legendre, Nord-Pas-de-Calais, UMP), ces interventions présentent un réel intérêt documentaire, et s'inscrivent dans une généalogie textuelle déjà longue : 
                 o    L'idée que toute place laissée aux langues régionales risque d'empêcher l'acquisition correcte du français et d'autres langues étrangères constitue un poncif au moins centenaire.
    Bornons-nous à rappeler que la connaissance d'une langue régionale n'empêche nullement, bien au contraire, d'acquérir une bonne maîtrise des langues étrangères, à condition qu'on sache tirer profit de cette connaissance, ou qu'on n'en soit pas découragé par des raisonnements simplistes comme ceux que nous avons entendus. Ajoutons, de même, que ce ne sont certes pas les langues régionales qu'il faut tenir pour responsables de l'illettrisme dans notre pays, et que leur refuser une plus grande place ne règlerait nullement le problème. Bref, il ne suffirait pas de déshabiller Paul pour que Pierre soit bien vêtu.
                 o    Une des oratrices a évoqué son « cauchois » d'élue normande pour mieux ridiculiser, sans doute, le soutien apporté par d'autres à des langues régionales qui pour elles ne sont que des patois d'ailleurs morts. Là encore, il n'y a rien d'original. Ses prédécesseurs adversaires des langues de France faisaient déjà il y a soixante ans référence, ironiquement, au verlan ou à l'argot de Pantruche, et cela les faisait beaucoup rire.
    Madame Morin-Desailly aurait pu se contenter de les citer.


    •    Au total, ce trop bref débat ne débouchera donc sur rien. Nous sommes déçus de cet échec, certes. Mais tel qu'il était, le texte aurait nécessité pour être satisfaisant de telles retouches, et une telle bataille d'amendements, qu'il est peu probable que même avec davantage de temps il aurait été possible de parvenir à un résultat. Tel quel en effet, et malgré les efforts de M. Navarro, qu'il faut saluer, ce texte apportait moins de progrès que de régressions, et somme toute, notre déception face à son enterrement se teinte d'un certain soulagement.


    •    Mais nous ne doutons pas que de plus en plus d'élus ont compris qu'on ne peut pas se contenter de saluts rhétoriques, rituels et machinaux à la diversité française, ni de déclarations insolemment lénifiantes sur ce que les autorités font déjà pour les langues régionales. Il faudra bien un jour tirer les conséquences logiques de l'inscription de ces langues dans le texte constitutionnel, même s'il faudra bien aussi en finir avec l'anomalie que constitue la place de l'article qui les mentionne dans le titre concernant  les collectivités locales.


    La FELCO, dans cet espoir, continuera son travail de sensibilisation des élus à la cause de langues qui sont partie intégrante de la culture de notre République.

    A lire sur notre site l’analyse de la FELCO sur le rapport de la sénatrice Colette Mélot quant à la PPL Navarro

    A lire dans la presse :

    http://www.avui.cat/noticia/article/2-societat/5-societat/429284-el-senat-frances-debat-sobre-les-langues-regionales.html 
    http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110701/275973/fr/Senat--debat-tronque-sur-les-langues


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